LES KEI KIS
Article de Elien SAME
mot
d'origine hawaïenne qui signifie
rejeton
ou bébé !
0n
peut grouper sous le terme de keiki toutes les formes de petites plantes qui
développent un système racinaire autonome, alors qu'une nouvelle pousse dépend
entièrement de la plante‑mère et va développer son système racinaire
ultérieurement. Le keiki se produit plus particulièrement sur les épis
florifères.
Keikis de Catasetum sp.
FORMATION
NATURELLE
D'une
manière générale, une jeune pousse apparaît sur une hampe florale, une canne ou
à la base de la plante. Elle développe son propre système racinaire pendant une
période plus ou moins longue qui peut durer plusieurs mois. Lié à la plante, le
keiki reçoit la substance nutritive de celle‑ci. Après l'apparition des
racines, il peut être prélevé sur la plante‑mère.
Dans la
nature, ou quand les conditions de culture le permettent, il est fréquent de
rencontrer, chez certaines espèces, des amas de plantes dont les hampes
florales ou les cannes ont produit des keikis qui produisent à leur tour leur
propre hampe florale
(Phalaenopsis amboinensis, Phalaenopsis violacea
ou Phalaenopsis mariae).
Cela
permet une multiplication végétative qui peut, dans certaines conditions favorables,
coloniser le milieu environnant.
Dans
leur milieu naturel chaud et humide, les keikis se développent facilement.
En
culture, on pourra les détacher de la plante‑mère quand ils auront
développé une quantité suffisante de racines.
Ils
seront mis alors en pot de façon identique au rempotage classique d'une jeune
plante. Cela permet aussi le marcottage.
FORMATION
ACCIDENTELLE
(stress
ou mauvaise condition de culture)
Certaines
orchidées, suite à de mauvaises conditions de culture, subissent un stress qui
provoque l'arrêt de croissance. On pense que la plante réagit dans un sursaut
de survie et développe le processus de création pour perpétuer l'espèce.
D'autres
orchidées, comme les Catasetum, développent
des keikis quand la base du pseudobulbe pourrit.
DEVELOPPEMENT
DU KEIKI SUR UNE ORCHIDEE MONOPODIALE
La
pousse d'une orchidée monopodiale surgit généralement du sommet de la plante
mais certains Angraecoides ou Vandeae émettent
des rejets à partir de la base.
Sur la
plante‑mère apparaissent des racines qui se développent en partant du bas
et sur environ les 2/3 de la plante.
Pour
provoquer le développement d'une nouvelle pousse, il suffira de couper la tige
directement sous une de ces racines, en laissant quelques feuilles au‑dessous
de la section.
La
partie supérieure de la tige sectionnée présentant son propre système
racinaire, elle sera prête à être mise en culture.
Quelques
semaines plus tard, un ou plusieurs bourgeons dormants, situés dans les
aisselles des feuilles de la plante‑mère, auront produit des keikis. Ceux‑ci
peuvent être laissés sur la plante‑mère où, lorsqu'ils auront leurs
propres racines, pourront être mis en pot séparément.
Keikis de Dendrobium Kurenei
PLANTE
EMETTANT
SPONTANEMENT
DES KEIKIS
Si les conditions favorables
sont réunies, certaines orchidées ont la faculté de générer des keikis. Les
yeux (méristèmes dormants) se développent en jeunes plantes et forment leurs
propres racines.
Sur
certaines orchidées monopodiales, tels que les Phalaenopsis, les keikis se développent sur les hampes ou autour
de la plante‑mère. Ainsi, certaines espèces de Phalaenopsis botaniques produisent des keikis tant dans leur milieu
naturel qu'en culture.
Exemples
: Phalaenopsis luedemanniana,
Phalaenopsis violacea.
Elles
produisent des plantules à partir des extrémités ou des noeuds. La croissance
des Phalaenopsis est relativement
rapide, si bien que le jeune keiki peut atteindre la maturité florale un an et
demi après sa mise en pot.
D'autres
espèces produisent des keikis en partant de la base de la plante, comme
certains Paphiopedilum, Doritis ou
Angraecoides.
Certaines
orchidées sympodiales, comme les Dendrobium,
ont aussi la faculté de générer des keikis.
Leurs
fleurs et leurs keikis apparaissent souvent en même temps. Un grand nombre de Dendrobium, et particulièrement le nobile, sont très prolifiques en keikis.
D'une
manière générale, dès qu'un keiki dispose d'un système racinaire indépendant,
il est souhaitable de le prélever sur la plantemère et de le mettre en pot.
FORMATION
ARTIFICIELLE
Les
hybrides ne produisent pas des keikis aussi volontiers que certaines
botaniques. Mais si on veut développer la multiplication d'un clone déterminé,
on peut soumettre le bourgeon dormant à un traitement spécial.
On
utilise pour cela un produit à base d'hormones qui a la propriété d'inhiber le
développement floral au profit d'une croissance végétative de l'oeil traité.
Ces
hormones sont aussi appelées régulateurs de croissance. Leur utilisation peut
être vitale par exemple si une plante très malade risque de disparaître.
Dans la
mesure où l'amateur est rarement équipé de matériel lui permettant de réaliser
la culture de méristème, il est important qu'il ait une alternative à sa
portée.
On
trouve les hormones de croissance dans les magasins spécialisés sous la forme
de pâte à keiki (Keikigrow Plus). Leur utilisation pratique est relativement
facile et à la portée de tout amateur.
DEFINITION
DE L'HORMONE DE CROISSANCE
Observées
par Charles Darwin et isolées pour la première fois par Folke Skoog, ces
hormones sont utilisées couramment pour la stimulation de la croissance des
plantes dans le domaine de la culture in
vitro.
De
nombreuses hormones interviennent dans le développement naturel d'une plante.
Elles ont pour fonction de contrôler la croissance et les fonctions
physiologiques, telles que la floraison, la formation des racines ou des
feuilles.
Les
plantes produisent naturellement leurs hormones, qui sont appelées
phytohormones. Quand elles apparaissent sous forme synthétique, elles sont
appelées des régulateurs de croissance ou hormones de croissance.
Il
existe trois groupes principaux d'hormones
‑
Les auxines
(Auxine
vient du latin augere qui signifie
croître)
Ces
substances ont été découvertes par Charles Darwin et nommées plus tard par F.W
Kent et K.V Thimann (1937).
Ils
trouvèrent une méthode pour détecter et mesurer la présence des auxines dans
les plantes.
Ces
substances appliquées à une plante provoquent l'allongement des cellules.
Ce
phénomène est irréversible et son application est largement utilisée dans
l'agriculture pour la sélection de certaines espèces.
Les
auxines se trouvent à l'état naturel dans les fruits, les graines, le pollen,
dans les jeunes feuilles, les bourgeons ou les tiges.
‑
Les Cytokinines
C'est
une famille d'hormones découvertes aussi par Skoog quand il remarqua des
résultats aberrants ou non cohérents dans l'étude des auxines.
Il
appela cette nouvelle forme d'hormones les kinétines; ce nom devint ensuite
cytokinines.
A la
différence des auxines, qui induisent la croissance des cellules par
l'allongement au travers de l'inhibition des bourgeons dormants, les
cytokinines provoquent un changement d'état naturel pour obtenir tige,
bourgeon, racine, feuille ou fleur.
Ces
deux hormones représentent un intérêt tout particulier pour la multiplication
et la préservation des plantes
‑
les auxines provoquent la croissance des cellules.
‑
les cytokinines changent les cellules de façon à les différencier.
Ces
quelques notions sur les hormones permettent de comprendre le fonctionnement
des éléments de base pour la création artificielle de keikis sur les Phalaenopsis ou leur induction à partir
de bourgeons dormants quand la plupart des parties d'une plante a été
endommagée.
‑
L'acide gibberellique ou gibberelline
Ce
produit chimique a été découvert, juste avant la deuxième guerre mondiale, par
les Japonais, en étudiant un champignon pour lutter contre une maladie qui
décimait les récoltes de riz.
Aujourd'hui,
ces hormones sont isolées et produites à partir de plusieurs plantes
différentes.
Mais à
l'origine ces champignons (Gibberella fugikuroi) étaient utilisés pour
augmenter la croissance des plantes et des semences.
Ils
fonctionnaient comme des hormones en stimulant la croissance des racines, des
feuilles, des bourgeons et la germinaison des graines.
Quelques
études ont été entreprises et ont montré l'influence de l'acide gibberellique
sur l'induction de la floraison des Phalaenopsis.
Keiki de Dendrobium fimbriatum Hook.
var. oculatum
REPRODUCTION
PAR KEIKI D'UN PHALAENOPSIS
Matériel
utilisé
1 pince
brucelles
1
cutter stérilisé
1 cure‑dent
1 paire
de gants
Pâte à
keiki (Keikigrow Plus)
NOTA
Il n'est pas nécessaire
d'utiliser du matériel sophistiqué de stérilisation.
S'assurer que les conditions
sanitaires de la plante sont respectées (plante saine et vigoureuse) dans la
mesure du possible.
Stériliser à la flamme ou au
désinfectant (cutter et pince brucelles).
Jeter le cure‑dent après
chaque emploi.
1 ‑ Prudemment, inciser la protection (enveloppe) de l' oeil dormant
à l'aide de la pointe de la lame sur un ou plusieurs noeuds de la hampe.
Attention
à ne pas endommager le bourgeon sous l'enveloppe.
2‑ Enlever soigneusement, à l'aide de la pince brucelles, l'enveloppe
autour du bourgeon.
3 ‑Appliquer doucement, à l'aide du cure‑dent, un peu de
Keikigrow Plus sur le bourgeon et tout autour de celui‑ci.
Etaler
avec précaution la pâte sur et autour du bourgeon à l'aide d'un gant (ou une
protection équivalente).
Les
bourgeons commenceront à enfler au bout d'une semaine environ.
Keikis
de Catasetum sp. (gauche) et Dendrobium camaridiorum Rchb.f. (droite)
4 ‑ 3 mois plus tard,
formation d'un petit keiki. Les racines ne sont pas encore formées.
5 ‑ 4 mois plus tard, les feuilles et les racines commencent à se
différencier. Cette période dépend de l'espèce et peut varier quand il s'agit
d'un botanique ou d'un hybride.
L'apport
d'un engrais riche en azote, à ce stade, est très stimulant pour la nouvelle
plantule.
6 ‑ D'une manière générale, le développement du système racinaire
commence à la suite de la formation des feuilles.
Quand
les racines sont suffisamment développées (3 à 4 cm), la plantule peut être
détachée de la hampe, mais ce n'est pas une obligation. Après la séparation
(légère torsion ou à l'aide d'un sécateur) utiliser un fongicide et un
cicatrisant.
Dans la
mesure du possible, utiliser du Vitagrow‑B‑1 qui contient un
stimulant pour racines.
Utiliser un engrais riche en
azote une fois par semaine.
La plante étant cultivée dans
de bonnes conditions peut fleurir environ 12 mois après.
CONCLUSION
A partir d'un élément naturel
de la plante appelé « keiki », plus marqué chez certaines espèces, les progrès
ont mis en évidence l'élaboration des techniques de forçage des keikis.
Cette intervention sur
l'apparition des keikis est un progrès par rapport à la reproduction végétative
et devient particulièrement intéressant dans le cadre de la multiplication des
plantes rares ou menacées.
Ces techniques se sont
simplifiées avec l'apparition des pâtes à keiki sur le marché et sont d'un usage
extrêmement facile et à la portée de tout amateur.
ADRESSES
G and B ORCHID LABORATORY and NURSERY, IN.
2426 Cherimoya Dr, vista, Ca 92084 site internet :
WWW.orchidsource.com/GBStemPropagation.html
Dr
James O. BRASH
Box 354, Mc
Master University
Hamilton, Ontario
Canana L8 S 1 CO
Adresse URL Plant
hormones Canada
Site
internet : WWW.orchidmall.com/hormones/keikifaq.htm
Références
1980 You can
merixtem with hormones
AOS
Bulletin 49 (10) : 1123 ‑ 1132