Le genre Promenaea Lindl.

Article de Pascal DESCOURVIERES

 

Le genre Promenaea est strictement brésilien et regroupe 15 espèces dont deux sont particulièrement connues et cultivées pour la beauté de leurs fleurs et la taille réduite des appareils végétatifs.

Autant il est assez facile de lire quelques renseignements au sujet de ces deux espèces, autant il est difficile de trouver des documents concernant l'ensemble du genre: le but de cet article est donc de donner un aperçu à la fois global et précis sur ces orchidées.

 

I ‑ Présentation générale du genre

Promenaea Lindl.

 

Ce genre créé par Lindley en 1843, fait partie de la tribu des Maxillarieae Pfitzer et de la sous‑tribu des Zygopetalinae Schlechter; les genres les plus proches sont : Zygopetalum, Pabstia, Zygosepalum et Mendoncella...

Il est intéressant de noter qu'il existe un hybride naturel entre Promenaea et Zygopetalum. (1)

Le nom du genre vient de « Promeneia », une prêtresse de Dodona, mentionnée par Herodote, nom donné en l'honneur de la beauté des fleurs de ce genre d'orchidées...

 

Ce genre est caractérisé par des sépales et pétales semblables étalés, les sépales latéraux formant un menton avec le pied de la colonne (voir fig. 1, P s.1, zone indiquée par un « m » ). Le labelle subsessile est articulé (fig. 1, Ps.2 ) et possède trois lobes dont les deux latéraux sont dressés et relativement petits, tandis que le lobe médian est plus ou moins large, plus ou moins arrondi et brièvement acuminé (= terminé par une petite pointe).. Entre les deux lobes médians, il y a un callus transversal. La colonne est courte et les pollinies sont au nombre de quatre : en fait, 2 pollinies profondément bipartites, sans caudicule, sessiles sur un large rétinacle ovale ( îig. 1 ). (2)

L'appareil végétatif est formé par de nombreux pseudobulbes petits ( largeur: 1 cm, hauteur : 2,5 cm) vert clair et très serrés les uns contre les autres.

 

La plante forme rapidement de belles touffes très florifères: il n'est pas rare de contempler des plants dans un pot de 10 cm de diamètre avec plus de 15 fleurs vivement colorées...

Chaque pseudobulbe est surmonté de deux feuilles (rarement trois) de 5 à 8 cm de longueur et possède deux bractées foliacées au niveau desquelles la tige florale sort.

Seuls les derniers pseudobulbes arrivés à maturité fleurissent et peuvent porter deux hampes florales chacun. Les feuilles sont d'un vert grisâtre et supportent donc mal un ensoleillement intense. Elles demeurent sur la plante pendant 3 ‑ 4 années.

Les tiges florales sont pendantes, longues de 5 cm et portent une seule fleur (parfois deux) de 3 à 5 cm de large.

Les racines sont peu développées et ont un diamètre de 1 à 2 mm.

 

II ‑ Présentation des espèces du genre

Promenaea, synonymie

et répartition...

 

L'étude du tableau ( fig. 2) et de la carte de répartition effectuée d'après les données de Pabts (Fig. 3 et 4) montre que ce genre a une répartition assez restreinte au sud et sud‑est du Brésil. L'espèce P. xanthina semble avoir la répartition la plus large, et les états brésiliens de Paranà et Santa Catharina sont particulièrement riches en espèces de ce genre.

P. stapelioides a été importé en premier, puis vint P. xanthina.

Quant aux autres espèces du genre, elles sont assez difficiles à trouver en vente, même si leur culture est tout aussi facile.

On remarquera que certaines espèces ont été décrites, parfois, sous le genre Zygopetalum et même Maxillaria, mais, actuellement, elles sont toutes vendues sous l'appellation « Promenaea » ( par erreur « Promenea » aussi...), même si la dénomination commerciale de certaines plantes reste incertaine quant au nom de l'espèce (voir chapitre 111, P. rollisonii).

P. florida Reichb. est, en fait, un Koellenstenia florida (Rchb.) Garay.

 


 

 

 

Fig. 1 : Dessin de Promenaea stapelioides (Pascal Descourvières).

 

R s. l : P. stapelioides, plante entière en fleur. m : zone du menton.

 

P s.2 : Vue de profil de la colonne et du labelle. c : colonne. ‑ l : labelle. ‑ z : zone d'articulation entre le labelle et la base de la colonne. Poll. : pollinies. ‑ Ret. : rétinacle.

 

Pr. : plante vendue sous l'appellation erronée de P. rollisonü.

 


                                                                                                                                 

                                                      

 

Espèces du genre Promenaea                               

Synonymes éventuels

Répartition ( Etats du Brésil)

Type de zone climatique

P. acuminata Schltr.

 

Santa Catharina

I

P. albescens Schltr.           

P. paranaensis

var. albescens

Paranà

I

P. catharinensis Schltr.  

 

Santa Catharina

I

P. dusenii Schltr.           

 

Paranà

I

P. fuerstenbergiana Schltr.  

 

Santa Catharina, Sào Paulo

I

P. guttata Rchb.                       

 

Espirito Santo

I

P. lentiginosa  Lindl.   

Zygopetalum xanthino‑stapelioides

           

Rio de Janeiro

I

P. malmquistiana Schltr.              

 

?

I et II

P. microptera Rchb.               

 

?

 

P. ovatiloba (Klinge) Cogn.  

Zygopetalum ovatilobum

Espirito Santo

I

P. paranaensis Schltr.              

 

Paranà, Santa Catharina

I

P. riograndensis Schltr.              

 

Santa Catharina              ,                       Rio Grande do Sul

I

P. rollisonii  Lindl.           

P.paulensis

Maxillaria rolliisonii,

P. citrina Hort.

Santa Catharina, Paranà, Sào Paulo, Rio Grande do Sul.

I

P. stapelioides (Link & Otto) Lindl.

Cymbidium stapelioides

Rio de Janeiro, Sào Paulo,Paranà

I

P. xanthina Lindl.

P. citrina Don. Maxillaria citrina Hort.

Espirito Santo, Rio de Janeiro

municipio de Rio de Janeiro, Sào Paulo, Paranà, Minas gerais.

I

                                                                                                      

                                                                                                      

 

Fig. 2 : Tableau de présentation des 15 espèces de Promenaea fait d'après Pabst (Ochidaceae Brasilienses)

* il y a quatre types principaux de zones géographiques et climatiques pour décrire la répartition des Orchidées en milieu tropical et équatorial ( zones I, 11, IIl et IV). (voir chapitre IV )

 

 

Fig. 3 : Répartition du genre Promenaea (pointillés sur la carte)

 


III ‑ Description des principales espèces.

 

a) Promenaea xanthina

(voir photographie et figure 6 ‑1)

 

La fleur est d'un superbe jaune vif (d'où son nom d'espèce) et mesure 5 cm de diamètre. Elle est odorante (parfum agréable) et toujours de longue durée (un peu plus d'un mois). Les lobes latéraux du labelle sont ponctués de rouge et le lobe médian peut être entièrement jaune ou, parfois, légèrement ponctué de rouge à sa base. Ce lobe médian est de forme oblongue et élargi à l'apex. Quant à la base de la colonne, elle est marbrée de rouge vif.

La floraison a lieu en mai ou en juin, parfois en été.

II est intéressant de noter qu'il existe une forme blanche particulièrement belle : P. xanthina var. alba.

 

b) Promenaea stapelioides

(voir photographie et dessin, figure 1)

 

La fleur de 5 cm de diamètre est remar­quable : ses pétales et sépales sont intensément ponctués et barrés transversalement de brun­rouge sur un fond jaune pâle verdâtre. Les lobes latéraux du labelle sont aussi ponctués.

C'est pourquoi le nom de l'espèce dérive de « Stapelia », plante aux fleurs barrées de rouge­brun.

Le lobe médian est d'une forme arrondie, à peine acuminée et d'une très belle couleur pourpre‑noir à l'aspect velouté qui rappelle le corps de certains bourdons et abeilles. La colonne est pourpre‑noir à sa base et son apex est blanc. La fleur n'est pas parfumée (du moins pour des narines humaines...). Néanmoins, parfois, elle dégage vers midi une très légère odeur résineuse. La floraison a lieu en été (juin, juillet), parfois plus tard (automne), et dure un mois et demi.

 

c) Autres espèces

(voir dessins de la figure 6)

 

P. rollisonii possède des fleurs de 3 à 5 cm de diamètre. Les pétales et sépales ont une couleur jaune pâle et les pétales sont plus courts que les sépales tout en étant élargis vers l'apex. Le labelle blanchâtre est ponctué et barré de rouge pourpre. La callosité en forme de disque

 

atteint les lobes latéraux du labelle. La floraison a lieu en été.

La plante vendue sous cette appellation et représentée en Fig.l, P.s. n'est pas un Promenaea rollisonii, mais elle serait plutôt un hybride entre 2 espèces de Promenaea.

 

P. microptera est entièrement jaune pâle ou beige clair. la fleur de 3 à 5cm possède un labelle blanc ou crème de forme allongée, et récurvé vers l'arrière (il ressemble un peu à une langue).

La floraison a lieu en été ou en automne.

 

P. lentiginosa a une coloration proche de celle du P. stapelioides mais les ponctuations sont plus distinctes et se transforment moins en barres. Le cal atteint les lobes latéraux, ce qui n'est pas le cas chez P. stapelioides. Le labelle est ponctué de brun rouge. La floraison a lieu en été ou en automne.

 

d) Notes sur la classification.

 

La détermination des différentes espèces de ce genre tient compte de trois critères principaux que l'on peut hiérarchiser ainsi

 

‑ 1) l'observation du callus du labelle,

‑ 2) la coloration des différentes pièces florales (pointillées ou pas),

‑ 3) et la forme des pétales, sépales et du labelle.

 

Pour la détermination précise des espèces, je vous conseille de vous reporter d'une part à celle de J. Cullen dans son ouvrage « The Orchid Book», mais seuls cinq espèces et un hybride y sont décrits, et d'autre part à l'ouvrage très détaillé de Pabst et Dungs, « Orchidaceae Brasilienses » tomes 1 et 2.

 

IV ‑ Milieu de vie de ces orchidées et conseils de culture.

 

a) milieu de vie

 

Les espèces de ce genre sont toutes épiphytes, occasionnellement lithophytes sur roches dites « acides » donc non calcaires : la culture en pot avec milieu très drainant ou sur support d'écorce de liège s'impose.

Elles sont toutes réparties au niveau de la zone climatique 1(voir tableau de la fig.2), c'est‑à‑dire en climat tropical tempéré de zone humide, en région montagneuse. Cette zone est de loin la plus riche en orchidées (plus de 120 genres caractéristiques de zone 1 au Brésil). A titre d'exemple, la zone II ( climat chaud et humide) possède un peu plus de 80 genres d'orchidées au Brésil.

 

Cette zone 1 est caractérisée (3) par une saison chaude (à titre d'exemple: 20°c la nuit, 28°c le jour) et très humide durant laquelle les pluies et brouillards sont fréquents (la pluviomé­trie annuelle moyenne est de 1000 à 2000 mm d'eau).

Cette saison chaude alterne avec une saison plus fraîche (10 à 15°c la nuit, autour de 20°c le jour) et plus sèche (peu de précipitations) mais durant laquelle des brouillards nocturnes viennent humidifier les plantes. Quelle que soit la saison, l'eau sur les plantes sèche rapidement (dès la fin de la matinée) grâce au vent et, à l'assèchement de l'air dû à l'énergie du soleil.

 

Ainsi, les jeunes pousses de Promenaea ne sup­portent pas l'eau qui stagnerait longtemps dans leur jeune rosette de feuilles.

 

On peut donc conclure que la serre tempérée conviendra parfaitement à ces plantes; person­nellement, je les cultive en conditions tempérées chaudes en respectant un repos hivernal (période de dormance).( voir fig.5).

 

b) Fiche de culture

 

Températures: tempérées minimum nocturne : 10 à12°c) à tempérées chaudes

 

Luminosité : Lumière tamisée, pas de soleil direct (risques de brûlure)

‑ 18000 à 25000 Lux (c'est‑à‑dire davantage que pour les Phalaenopsis mais moins que pour les Cattleya)

‑ la culture sous lumière artificielle donne d'excellents résultats (à 20cm sous les tubes)

 

Humidité : ‑ 60‑80%, bonne aération.

 

Support de culture

 

‑ en petits pots avec substrat très drainant (mélange d'écorces de pin de moyenne granulométrie avec fragments de polystyrène et billes d'argile expansée)

 

‑ possible sur support de liège.

 

Rempotage

 

‑ tous les trois ans, après la floraison.

 

Arrosages : une à deux fois par semaine lors de la floraison et du développement des pseudobulbes, puis très espacés ou même remplacés par des brumisations d'eau et quelques arrosages superficiels lors du repos hivernal. Utiliser une eau non calcaire.

 

Engrais : 20/20/20 lors de la croissance des pseudobulbes (un arrosage sur deux ou trois), aucun apport d'engrais lors du repos hivernal.

 

Repos : à 7 mois environ, d'octobre à avril. Lors du repos, il faut de la fraîcheur nocturne et peu d'arrosages

 

V ‑ Reproduction et hybridation.

 

a) Multiplication végétative

 

Elle se fait par division des touffes : après la floraison, quand les racines reprennent leur activité, on peut diviser la plante en sectionnant le court rhizome qui sépare les pseudobulbes, avec une lame désinfectée à l'alcool par exemple.

Chaque nouveau plant doit avoir trois (ou deux) anciens pseudobulbes et une pousse pour pouvoir fleurir dès l'année suivante.

 

Ne pas en abuser, car une plante âgée et couverte de fleurs est un spectacle qui mérite quelques égards!

 

Peu d'informations sont données quant aux méthodes de multiplication végétative in vitro, cependant, les méthodes valables pour les Zygopetalum et les Cymbidium peuvent être tentées.

 

 

b) Reproduction sexuée et pollinisation des fleurs.

 

Peu d'informations sont disponibles à ce sujet. Cependant on sait que la pollinisation se fait par des insectes, sûrement des abeilles. Le labelle forme un reposoir sur lequel l'insecte atterrit. On peut faire comme hypothèse que les deux lobes latéraux du labelle encadreraient la tête de l'insecte; la forme du labelle de même que sa couleur pourraient suggérer un leurre sexuel...

Après culture in vitro faite à partir de semences, les plantes peuvent fleurir dès le deuxième pseudobulbe formé, c'est‑à‑dire en un an et demi après sortie du milieu aseptique.

 

c) Hybridation et perspectives

 

Il existe quelques hybrides tels que le P x Crawshayana qui est le fruit du croisement de P. xanthina par P. stapelioides. On observe une grande variabilité quant à la couleur des fleurs chez cet hybride quand il est issu de graines.

P stapelioides a été croisé aussi avec P. guttata.

 

Un autre hybride entre deux Promenaea est mentionné sous le nom de P x Colmanians... Mais d'intéressants essais d'hybridation intergé­nérique seraient à effectuer en particulier avec des genres proches tel que Zygopetalum ou des Pabstia : le parent Promenaea pourrait apporter une miniaturisation des hybrides mais aussi, peut‑être, son caractère florifère, la couleur jaune ou même la ponctuation rouge pourpre des pièces florales.

J'ai effectué un essai qui a mené à la formation d'un fruit mais sans semences...

Dans l'obtention de tels hybrides il est souvent nécessaire d'effectuer de très nombreux essais avant d'obtenir une réussite.

 

CONCLUSION

 

J'espère que cet article vous aura donné l'envie d'accueillir ce genre parmi votre collection. On peut conseiller aux débutants la culture de P. xanthina et P. stapelioides; les autres espèces peu connues sont très difficiles à obtenir sur le marché des orchidées.

 

Pascal DESCOURVIERES

 

BIBLIOGRAPHIE

dans le texte, chaque numéro entre parenthèses fait référence à l'un des ouvrages suivants

 

1

Costantin J.           

Atlas en couleur des Orchidées cultivées                       

Librairie générale de l'enseignement,1911‑1926, pl. 14

2

Cullen J.           

The orchid book

Cambridge University Press, 1992, P316 à 318

3

Dressler R.L.

The orchids natural history and classification     

Harvard University Press, 1981 p. 248‑249.

4

Lemée Albert           

Dictionnaire descriptif et synonymique            des genres de plantes Phanérogames.  

1934, Tome V, p540.

5

Pabst & Dungs             

Orchidaceae Brasilienses

1976, Tome 1p. 35 à 38; 43; 60; 110.       Tome p.2 177; 214; 276.

6

Pridgeon Alec    

            The Illustrated Encyclopedia of Orchids

Timber Press, 1997, p. 240‑241

7

Rentoul J.N.           

Growing orchids

Timber Press 1989, Tome 2

8           

Royal Horticultural Society of London

Index Kewensis

1921‑1935/ 1941/ MDCCXCV

9

Sheehan Tom & Marion

An illustrated survey of orchid genera

Cambridge University Press 1994, p. 306.

10

Withner C.L.

The orchids, Scientific studies

a wiley Interscience Publication 1974, p. 358.